"No impact man" de Colin Beavan

Publié le par Weapon of mass

No impact manVivre en ayant un impact minimal sur l'environnement. C'est le défi que s'est lancé Colin Beavan en 2006. Enfin, à lui-même et à sa famille, qu'il a embarqué dans son projet « No impact ». C'est comme ça que lui, sa femme Michelle, leur bébé de 2 ans Isabella et leur chienne de 4 ans Frankie ont tenté de vivre pendant un an. Si sur le papier l'expérience était amusante, la réalité était tout autre. D'autant plus que ce sont des new-yorkais. Parce que si pour un sherpa, vivre au plus près de la nature est facile, pour des new-yorkais, cela relève du parcours du combattant.
Colin Beavan relate cette expérience au cours de quelques 300 pages dans « No Impact Man », publié aux éditions Fleuve Noir et paru début mars en France. Mais la médiation de cette aventure a commencé depuis plusieurs années grâce au blog (En anglais bien sûr) que l'auteur entretient depuis le début.

Devenir "No Impact" c'est quoi ? Consommer local, ne plus rejeter de gaz à effet de serre, de détritus, limiter sa consommation d'eau et tout le tintouin. Comment ? Pourquoi ? C'est l'objet du livre. L'écrivain nous emmène intelligemment sur les traces d'une écologie viable, où parfois il se fait intégriste de l'environnement avant de faire marche arrière pour le bien de son couple, de sa famille. Comme par exemple lorsqu'il décide de ne pas partir en vacances voir ses parents pour ne pas avoir à prendre l'avion, ou comme il le dit « Comment réduire votre empreinte carbone et vous brouiller avec votre mère par la même occasion ». Il ne nous épargne nullement non plus les disputes avec sa femme à cause du projet.

C'est d'ailleurs là tout l'intérêt du livre. Parce qu'avouons le, si on veut des conseils sur l'écologisme, une recherche sur le net nous apportera tout le nécessaire. Mais non. Sa valeur ajoutée sont justement les doutes de l'auteur, ses états d'âme, ses humeurs. Colin Beavan se fait témoin plutôt que donneur de leçon. Même si par moment on bascule dans l'écologisme moralisateur, ses remises en questions ramènent la balance à un équilibre qui nous empêche de sombrer dans le prosélytisme des fanatiques du vert.
Il nous donne des astuces pour consommer différemment pour vivre différemment sans être dans la privation. Il nous explique comment se passer de télé - qui comme l'a dit l'autre offre du temps de cerveau disponible aux publicitaires - lui a offert à lui du temps de cerveau disponible pour sa famille. Il raconte comment il a appris à vivre sans ascenseur, sans chauffage, sans climatiseur, presque sans machine à laver, et à la fin, sans lumières.
Avançant étape par étape, sans programme fixé au préalable, il nous entraîne dans son univers où peu à peu le plastique et le papier sont bannis. Un univers où il se refuse à acheter une part de pizza au coin de la rue parce qu'elle est emballée dans une feuille d'alu. Un univers où parfois il se demande si ce qu'il fait a du sens. Comme lorsqu'il voit sa femme Michelle rentrer du boulot contrariée parce que l'un de ses collègues « ne voulait plus qu'il lui serre la main » après avoir lu un article du New York Times sur le projet (L'article titrait "L'année sans papier toilette" ). Mais un univers aussi où il redonne à la société sa dimension humaine, en sympathisant avec les commerçants amusés de remplir sa tasse (Il ne veut plus des emballages des boissons, ni des pailles). Il nous raconte ses soirées avec ses amis autour de jeux de sociétés, ses week-ends au parc avec sa famille, sa vie qui ne se déroule plus à 200 à l'heure dans un système qui fait que l'on veut tout tout de suite.  Mais le plus étonnant est peut-être la façon dont il parle de sa femme qui change. Cette « fille à papa qui a été élevée dans une culture American Express Gold » renonce (alors qu'elle n'avait rien demandé à personne) à son addiction au shopping et à la télévision. Parfois réticente, c'est finalement elle qui souvent pousse son mari à aller plus loin dans sa démarche ou tout du moins, à ne pas baisser les bras.

Démarrant son aventure avec aussi peu de connaissance en écologisme qu'un citoyen lambda, Colin Beavan la termine en quasi-expert. C'est ainsi que son ouvrage est parsemé de références (Jamais exhaustives dans le récit heureusement mais elles sont énumérés en fin d'ouvrage pour celui ou celle qui voudrait approfondir le sujet) mais celui-ci reste avant tout très personnel et humain. Plus qu'un manifeste écologiste, il s'agit surtout d'un journal intime où l'auteur nous raconte comment il a réussi à reprendre le contrôle de son existence.

Un documentaire a été tourné sur cette expérience et Colin Beavan recherche maintenant un distributeur pour la France. Déjà disponible aux Etats-Unis, en voici ci-dessous la bande-annonce en anglais.

 

Publié dans Environnement

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